Pour vous permettre de mieux connaître cette publication, je vous joins quelques documents :
Un entretien publié par le quotidien "La Dépêche de Kabylie" sous le titre "Il faut des ambulanciers de la
langue amazighe.
Une façon de s'enrichir de connaissances, vous-même et nos générations futures, enrichissez votre bibliothèque berbère.
Différents numéros, réunis, selon la disponibilité.
Des éditions originales avec des photos d'auteurs et de militants : Boulifa,
Mouloud Mammeri, Lounes Matoub, Mohamed Haroun, Maamar Berdous, Youcef Abdjaoui,
Warda Aïnouz, Jugurtha, Djamel Mennad, Nadia Nat Lmouhoub...
En exclusivité, pour la modique et symbolique somme de 20 euros (+ frais postal
sur la base du poids global, 1k318g, et des tarifs selon la destination depuis
Paris.
Par exemple : 7euros,40 (vers les villes de France) ; 17 euros, 15 vers les
Pays européens; 28 euros ,90 vers les USA et le Canada, 20 euros 65 vers le Maroc ).
Quantité
Si vous le voulez, d'autres ouvrages dont deux romans intégralement en langue
amazighe sont aussi à votre disposition.
Pour commander, ou plus d’informations : defiberbere@hotmail.fr
Merci de transmettre autour de vous, sur vos sites et réseau associatif.
Tannemirt.
Amazighement vôtre,
Smaïl Medjeber
.
P.J.:
1)Commentaires de la presse d’Algérie :
“A distance des sirènes politiciennes : OUF ! Voilà une revue qui aborde la
question de la langue amazighe sans se laisser aspirer par les sirènes
politiciennes. A travers un entretien avec un professeur de linguistique à
l’université Mohamed V, à Rabat, on découvre que la problématique des langues
chez nos voisins est presque - pour ne pas dire totalement - identique à la
nôtre. C’est-à-dire totalement en friche et bridée par son rapport à une
conception sclérosée de l’état national. Cette revue mensuelle de recherche
linguistique, scientifique et littéraire, qui en est à son dix-septième numéro,
fait une digression au pays de Galles pour nous parler des langues secondes dans
les communautés bilingues ou plurilingues. On y trouve aussi une évaluation de
trois années d’enseignement de l’amazigh dans des classes pilotes algériennes.
Le bilan n’est ni glorieux ni désastreux. Beaucoup reste à faire à tous points
de vue, notamment au plan du statut de la langue. C’est dit sans surenchère ni
passion excessive. Si tous les numéros sont conçus dans cet esprit, assurément
la revue Abc Amazigh a choisi la voie du débat d’idées, de la construction. La
plus sûre. ” (D. H.) Libre-Algérie n°13, 1 - 14/3/99.
“Abc Amazigh que dirige l’infatigable Medjeber n’arrête pas de nous surprendre.
Agréablement s’entend… Dans l’ensemble, Abc Amazigh se maintient. Avec peu de
moyens, cette revue ne se laisse pas abattre par un environnement hostile. Que
la résistance continue !” (A.L) Libre-Algérie n°33, 6-19/12/99
“Le contenu scientifique de ce bulletin - dirigé par M. Medjeber Med Ousmaïl,
l’un des pionniers de la revendication de l’identité amazighe de
l’après-indépendance de l’Algérie - confirme qu’aujourd’hui, il ne s’agit pas
plus de réhabiliter l’amazigh, mais de produire cette langue…
Cet éventail ouvert prend en charge avec bonheur - ce qui est rare dans ce genre
de revue spécialisée - la triculturalité des lecteurs auxquels la revue
s’adresse : le français, l’arabe et l’amazigh se solidarisent pour développer,
sans aucune susceptibilité culturelle la question majeure de l’écrit amazigh. ”
Le Matin , 09/04/1996
Commentaires de ses lecteurs :
“C’est toujours avec beaucoup de joie et un plaisir sans limite que je reçois et
lis chaque numéro de la revue qui paraît chaque fois dans une couverture
différente et des articles et thèmes différents, riche autant que l’est notre
culture plusieurs fois millénaire.
Je pense aussi qu’à travers cette revue, la citation de feu Mouloud Mammeri,
citation dont vous faites le fer de lance de votre bataille et de la nôtre
aussi, ne peut avoir de meilleure concrétisation que celle de la mission que
s’est assignée toutes les personnes qui participent à la rédaction et
l’impression de chaque numéro d’ Abc Amazigh.
Abc Amazigh est en soi un acte de résistance, en détenant ne serait-ce qu’un
petit élément de notre culture, langue et identité enfouis sous des milliers
d’années d’oubli et de répression, afin que notre civilisation amazighe soit
écrite, un jour, en lettres d’or.
Je tiens par cette présente lettre à renouveler mon abonnement à Abc Amazigh
pour une année.” Hakim Nazef (Hussein-Dey, Alger)
“Enfin est venu le jour où parmi les journaux et revues Abc Amazigh
s’arrache une place. Pour moi qui vit à Sétif, c’est un moyen de reprendre
contact avec l’autre partie, celle qui comme moi porte l’amazigh dans son cœur
et dans son cerveau.
Et tant que nous avons un cœur et un cerveau l’amazigh ne sera pas piétiné
malgré tout…
A vous qui veillez à ce que chaque numéro d’Abc Amazigh apparaisse, je vous dis
un grand salut et vous souhaite beaucoup de courage et de volonté.
Je suis une fidèle lectrice d’ Abc Amazigh et vous ne pouvez imaginer combien le
retard du numéro 5 m’a fait peur, surtout qu’il a coïncidé avec le référendum…”
Nora (Sétif)
“Etant un fidèle lecteur d’ABC Amazigh (je possède les 9 n°), je suis heureux
que ce bulletin soit mon compagnon et intègre ma vie… Plus un n° apparaît, plus
ma joie est grande. C’est comme une brique que je pose chaque mois pour me
construire un toit.
Mon souhait néanmoins, c’est d’y lire en toute objectivité les origines du
mouvement amazigh et les hommes qui en étaient et en sont derrière jusqu’à nos
jours. Car c’est l’homme qui fait l’histoire et non l’inverse…
L’Amazigh d’aujourd’hui a besoin de connaître les hommes de 1949, des années
70, de 80, et ceux qui ont passés des jours ténébreux dans les prisons et qui
ont subi les plus atroces torture…” Bououni Samir (universitaire, Alger)
“A toute l’équipe de la revue Abc Amazigh, encore une fois, je m’adresse à vous…
le 29ème numéro, je l’ai acheté avec fierté. En effet ma joie énorme se dessine
à chaque numéro que je m’offre le plaisir de lire les pages riches de notre
culture qui passe ainsi de l’oralité à l’écrit.
Grâce aux militants de notre langue, on a pu découvrir qui nous sommes et sortir
de l’ignorance…
Vous savez, on a besoin de votre aide pour exposer nos écrits. Il y a des jeunes
talents soit en poésie, essais, nouvelles… qui demeurent anonymes… cela les
encouragerait à continuer, à développer leurs idées… à l’instar de Nadia
Benmouhoub qui a écrit un conte amazigh et qui a mérité l’honneur de figurer sur
la une de ce n° 29…” Benakli Aziza (Mechtras, Tizi-ouzou)
2)Smail Medjeber, auteur en tamazight ''Il faut des ambulanciers de la langue
amazighe''
La Dépêche de Kabylie 09/11/2006 C'est un vieux militant qui a l'esprit toujours
jeune. Smail Medjeber est depuis un moment en France où il continue ses
innombrables quêtes. Il nous raconte, ici, son histoire et ses projets
La Dépêche de Kabylie: Quelle a été la genèse de votre ouvrage sorti chez
L'Harmattan à Paris ?
Smail Medjeber: La genèse de mon ouvrage remonte à la création de la revue Abc
amazigh, en 1996. Une naissance difficile ayant pour origine une déception : au
départ, je voulais fonder une maison d'éditions dont le but était de promouvoir
la littérature d'expression amazighe mais aussi de faire rééditer tous les
ouvrages anciens qui ont traité de l'histoire, de la culture et de la langue
amazighes en général et ce, afin de les mettre à la distposition de la nouvelle
génération, comme une source de connaissance et d'inspiration.
Pour ce faire, le beau et ambitieux projet en tête mais les poches - hélas! -
vides, j’ai sollicité l’association de quelques nantis. En vain… Déçu mais non
découragé, à défaut d’une édition multiforme, pleine et entière, à défaut de
capital donc, j’ai fondé les éditions “Tizrigin Yuba Wissine” (Editions Juba II)
et créé, sans aide aucune, ce modeste bulletin de communication destiné à la
promotion, à la connaissance de la langue, de la culture, de l’histoire, des
traditions, de l’identité et des mouvements de luttes berbères. La création
d’Amazigh bulletin de communication est également une revanche personnelle sur
le pouvoir inique, dictatorial algérien de l’époque noire des années
post-indépendance, lequel pouvoir, outre qu’il détenait le monopole absolu de
l’édition, interdisait la reconnaissance et la promotion de la langue berbère.
Ce qui nous obligeait, moi, Haroun, Cheradi et d’autres camarades de lutte, à
publier clandestinement, à Alger, des bulletins tels : Ittij (Le soleil),
Taftilt (La lampe)… L’un des monstrueux exemples de cette répression fut la mise
sous scellés du Fichier de documentation berbère fondé, en Algérie, par feu le
révérend père Jean-Marie Dallet, auteur de nombreuses recherches sur la langue
et la culture berbère dont deux dictionnaires, pour le seul motif que les
services de la répression militaire ont trouvé chez moi les publications de ce
Fichier. Aussi loin que l’on remonte dans le temps, les Imazighen n’ont jamais
su ou pu développer et promouvoir leur langue et leur culture. Près de trois
mille ans de retard ! Prenons en charge par nous-même, pour nous-même et pour
les générations futures cette langue et cette culture amazighes.
Des hommes et des femmes et récemment, des milliers d’enfants ont, chacun à sa
manière, porté le lourd flambeau de la longue lutte pour la revendication, la
réhabilitation, la renaissance et la promotion de la langue et culture
amazighes. Leur noble sacrifice n’a pas de prix. Des auteurs, des créateurs de
plus en plus nombreux émergent dans des disciplines artistiques et culturelles,
chansons et cinéma… Malheureusement, leurs œuvres destinées à transmettre la
parole amazighe restent inédites, faute de moyens. Le destin de tamazight est
entre deux mains : celle qui maîtrise la plume et le verbe, et, l’autre qui sait
compter les billets et signer des chèques. Mais fort malheureusement pour
tamazight, ceux qui ont les idées n’ont pas d’argent et ceux qui ont l’argent
n’ont pas d’idées, comme le dit si bien le proverbe : "Tella tassa, ulach tasga
; tella tasga, ulach tassa." Autrement dit : "il y a ( ceux qui ont) les moyens,
mais (n’ont) pas le cœur ; il y a (ceux qui ont) le cœur, mais ( n’ont) pas les
moyens". C’est ainsi qu’est né Abc amazigh : "Win yettruzun asalu, ikheddem aken
yufa, matchi akken yebgha" (Celui qui veut réaliser un difficile projet, de
briser un obstacle, fait comme il peut et non comme il veut). Mammeri l’avait
ainsi bien dit.
En fait, de la conception à la distribution en passant par l’impression, d’un
numéro à l’autre, c’était la galère. La galère ? C’est peu dire ! Je ne trouve
pas le terme exact. Imaginons un bateau, en pleine tempête, avec comme seul et
unique équipage... un capitaine ? La Foundation for endangered languages a
diffusé sur son site Internet, l’appel de détresse que j’ai lancé depuis Alger,
en l’an 2000. Après bien des déboires, j'ai constaté qu'il n'y a pas de lectorat
amazigh. Le lectorat potentiel est, il faut le reconnaître, exclusivement
francophone. Cependant, ce lectorat ne maîtrise point la transcription usuelle
amazighe. Malgré sa bonne volonté, il ne suit pas. (Les très rares exceptions
confirment cette réalité.) Ce qui me place entre le marteau et l'enclume, entre
mon désir de promouvoir l'écriture et la diffusion de notre langue et
l'inexistence d'un lectorat régulier et suffisant. Les associations culturelles
ou les militants – ou ceux qui se donnent ce titre – sont absorbés par les
courants politiques ou les valses folkloriques, et, restent sourds au discours
culturel, de cette même culture qu'ils prétendent défendre. Sans publication, il
ne peut y avoir de langue ou de culture, au sens moderne du terme. Notre langue
et notre culture souffrent précisément de désert éditorial. Une publication,
c'est une réalité incontournable, ne peut survivre sans lecteurs ou sans
subvention (aucune institution culturelle nationale ou internationale n'apporte
son soutien à cette publication même par un abonnement symbolique).
Sa réédition chez L'Harmattan, en juillet 2005, est en fait la concrétisation
d'un projet que je voulais réaliser en Algérie: rassembler les publications en
série de douze numéros, remis, en récupérant tous les invendus. Je n'ai pas pu
réaliser ce projet initial. Tenant toujours à mon projet, à défaut de le
réaliser entièrement, j'ai décidé de faire au moins une sélection de quelques
textes, en un seul ouvrage, dans l'espoir de les publier ainsi... L'Harmattan
m'a ouvert ses portes et a accepté de porter ce projet mais en deux volumes, vu
la quantité de textes. Le second volume paraîtra bientôt.
Quelle analyse faites-vous de la littérature amazighe?
Si tout le monde - ou plutôt un millier de personnes, au moins - pouvait
partager mon appréciation sur la littérature amazighe, je serais l'homme le plus
heureux du monde! Un certain 5 juillet 1974, lors d’un gala public à Draâ Ben
Khedda, près de Tizi Ouzou, animé par le groupe musical Si Mohand Ou Mhend
(appartenant à l’organisation secrète Organisation des forces berbères), en me
voyant lire sur scène un poème, un enfant me posa cette question : "Est-ce que
notre langue se lit et donc s’écrit ?" Cette dangereuse – à l’époque – question
qui exigeait une réponse d’autant plus dangereuse qu’elle devait être exprimée
en public, à travers un micro, et en face d’un commissariat de police, ce que
j’avais assumé en mon âme et conscience, était justifiée par le fait de
l’ignorance quasi totale de l’écriture de notre langue ancestrale jusque-là
désignée comme étant seulement orale. Dans l’esprit scolaire, logique, de cet
enfant, il n’y avait que les langues française et arabe, qu’on lui enseignait à
l’école, qui s’écrivaient et qui se lisaient. Sa langue maternelle, elle, ne
"pouvait ni s’écrire ni se lire".
Dès qu’il eut entendu ma réponse positive, il s’écria : Thamazight ! tamazight !
et provoqua une jubilation populaire. A présent, nous avons plusieurs auteurs en
langue amazighe : romanciers, poètes, traducteurs, chercheurs...
Une véritable révolution littéraire est en train de se dérouler : timidement,
silencieusement, discrètement, patiemment. Aux quatre coins de l’Amazighie. A
l’image de Melle Nadia Benmouhoub (dont le portrait illustre la “Une” du n°29)
d'ABC amazigh et récemment décédée) ou de Nadia Djaber, des jeunes gens et
jeunes filles procèdent à la collecte et à l’écriture des contes, proverbes et
autres traditions ancestrales.
Cette révolution qui fait passer notre langue du statut oral millénaire au
statut scriptural moderne, prend l’allure d’un grand chantier littéraire
populaire c’est-à-dire - hélas mille fois hélas ! - non institutionnel. Comme
toute révolution populaire somme toute ! "Il était temps de happer les dernières
voix avant que la mort ne les happe. Tant qu’encore s’entendait le verbe qui,
depuis plus loin que Siphax et que Sophonisbe, résonnait sur la terre de mes
pères, il fallait se hâter de le fixer quelque part où il put survivre, même de
cette vie demi-morte d’un texte couché sur des feuillets morts d’un livre." Le
message de Mammeri est un véritable cri d’alarme.
Aussi, conscients du danger qui guette notre langue et notre culture, à chaque
fois que nous enterrons nos vieux, nous perdons, en chacun d’eux et chacune
d’elles, une irremplaçable bibliothèque, cette nouvelle génération de jeunes
grands-mères et jeunes grands-pères, dignes relèves de Taos Amrouche, Bensedira,
Boulifa, Belaïd et autres Mammeri se met en devoir de transcrire fidèlement le
verbe ancestral.
Lorsqu’on sait que notamment chaque conte, loin d’être une simple histoire à
raconter aux enfants, véhicule un savoir, une mémoire orale, immuable, que le
temps n’entame en rien, on mesure l’importance de la collecte et de la diffusion
de ce patrimoine culturel.
Quelles sont les urgences pour cette langue?
En termes d'urgences, il faut que les militants – les vrais- se transforments en
ambulanciers de la langue amazighe. L'hospice actuel de la langue amazighe, ce
sont des... librairies!
Je l'ai dit maintes fois et je le répète: nul besoin de décret pour entrer dans
une librairie et acheter un libre écrit en langue amazighe. Mon défi pour éditer
un livre chaque mois et pour un millier de lecteurs au moins, est la réponse -
militante - que moi, je propose, en réponse au cri d’alarme - cité plus haut -
lancé par mon ami et maître feu Mouloud Mammeri. Car la dernière phrase du
message mammérien est claire et ne souffre d’aucune ambiguïté : notre langue et
notre culture se doivent de passer de l’oral à l’écrit, c’est-à-dire aux livres,
"avant que la mort ne les happe". Il y a donc péril en la demeure. M. Rezki
Issiakhem, dans sa préface de l’œuvre de Saïd Iamrache, Tasga n tlam ou
l’Obscurantisme en plein jour publiée après son décès, écrit :
“C’est par la lecture de romans comme celui-ci que se développera le goût de
lire notre langue et que l’on rejettera l’aberration d’un fatalisme qui voudrait
l’enfermer dans une oralité réductrice et décadente…” Et de refuser à croire
“que les nombreux militants de la cause amazighe et les milliers de manifestants
qui défilent lors du Printemps amazigh ne seraient pas analphabètes”. Raison
évoquée par des maisons d’éditions qui ont refusé de publier cette œuvre
posthume “considérant que la rentabilité d’une œuvre en tamazight ne pouvait en
être assurée.” Aussi, acheter et lire des ouvrages de langue amazighe, c’est un
autre militantisme, c’est prouver qu’il existe un lectorat de la langue
amazighe, c’est prouver que “Ass-a, azekka, tamazight tella, tella -
Aujourd’hui, demain la langue berbère existe, existera” n’est pas un slogan
creux, vide de sens. Je re-lance mon défi à tous les militants et militantes qui
ont scandé ce slogan… Ainsi beaucoup d’autres manuscrits verront le jour. Avant,
souhaitons-le, que leurs auteurs ne décèdent. Le Printemps amazigh d’avril 80 a
été provoqué à cause d’une conférence sur la poèsie amazighe ancienne, n’est-ce
- pas ? un pouvoir bête et méchant a interdit cette conférence, d’accord… c’est
la faute au FLN, aux arabo-baâthistes, d’accord… des milliers d’étudiants sont
sortis pour manifester leur ras-le-bol contre cette injustice, cet outrage fait
à l’encontre d’un écrivain, Mouloud Mammeri, en l’occurrence, et, d’une manière
générale, à l’encontre de la culture d’expression amazighe, c’est bon… c’est
juste… c’est héroïque… c’est historique… Mais, aujourd’hui, est-ce que ces mêmes
milliers d’étudiants ou leurs enfants soutiendront un ouvrage de poésie en
langue amazighe ? La question reste posée… en attendant, dans les librairies, il
n’y a pas foule. Les émules de Mouloud Mammeri, quelques rares jeunes poètes qui
parviennent à publier un petit recueil de poèsie, font du porte à porte pour
proposer leurs ouvrages. Nous avons des romanciers et des romancières en langue
amazighe dont les œuvres valent les classiques de la langue française : le "Prix
Mouloud-Mammeri" décerné chaque année par l’association Agraw Adelsan Amazigh,
en compte des dizaines dans son registre. Leurs œuvres méritent d’être publiées.
Mais, trouveraient-elles lecteurs et lectrices ? Nous avons également des
auteurs divers, en : essais, traductions, recherches, lexiques… Jusqu’à présent,
les quelques ouvrages qui paraissent, le sont à compte d’auteur. Avant, les gens
disaient : “Il n’y a pas d’écrivains en langue amazighe!” A présent, ce sont les
écrivains qui disent : “Il n’y a pas de lecteurs de la langue amazighe !” C’est
pour cela que j’ai lancé un défi : si nous pouvons trouver au moins mille
lecteurs, toutes les œuvres littéraires en langue amazighe seront éditées et par
moi et par d’autres éditeurs.
Je rêve, en tant qu’éditeur, au jour ou quelques dizaines, au moins, de lecteurs
se bousculeront pour rencontrer un auteur de langue amazighe pour une dédicace.
Mon rêve se réalisera-t-il un jour ?
Sans publications, il n’y a pas de langue au sens moderne du terme. Sans
lecteurs, point de publications. “Il ne peut y avoir de poètes sans lecteurs, il
ne peut y avoir de lecteurs sans école, il ne peut y avoir d’école sans
Constitution.” C’est une évidence que j'ai rappelée dans le n°4 de ma
publication, Abc amazigh, et en direct sur les ondes d’une chaîne de la Radio
nationale, à la veille du vote sur la Constitution. Avant d’intégrer - espérons
dans pas trop longtemps - le champ des préoccupations étatiques, ce qui serait
tout à fait légitime, l’écriture, l’édition, l’apprentissage, la diffusion de
notre langue reste du domaine exclusivement militant. Son avenir surtout.
Quels sont vos projets ?
Peut-on faire des projets dans un désert ? je voudrais bien, toujours dans le
même but de retransmettre les messages contenus dans ABC amazigh, faire un
troisième volume exclusivement en langue amazighe, un ouvrage qui contiendrait
tous les textes littéraire et autres publiés auparavant en langue amazighe. Je
pense surtout aux jeunes poétes et poétesses : ce serait, pour moi, une manière
de leur rendre hommage... Avis aux associations dites de culture berbère et à
ceux et celles qui font la tameghra (la fête) le 20 Avril, côté scène et côté
public : la langue amazighe a besoin de vous.
Propos recueillis par Farid Ait Mansour
Smaïl Medjeber
Bonne continuation à vous ainsi qu'à tous les autres et merci de la confiance que
vous nous accordez !